Chapelle de San Bernardo delle Forche

Chapelle de San Bernardo delle Forche   ,   via San Bernardo   ,   12084   Mondovì   (CN)   Italy

LES FRESQUES SUR LE MUR CENTRAL, DERRIÈRE L'AUTEL

 

CRUCIFIXION

Très importante tant du point de vue de l'exécution que de la rareté, pour ne pas dire de l'unicité iconographique, est la fresque de la Crucifixion du mur de l'autel (fig. 1 et 2).

Le culte de la poitrine de Marie s'inscrit ici dans une composition plus large et plus complexe que l'on peut définir comme une véritable représentation populaire sacrée, où les dialogues des protagonistes sont bien imprimés sur le mur par des parchemins blancs et vacillants.

Cette représentation s'inspire de la "Lactation vierge" qui est apparue pour la première fois dans un sermon d'Arnaud de Chartres, abbé de Bonneval, ami de Saint-Bernard de Clairvaux, et dans un poème d'un conteur de Bayeux, intitulé "Advocatrice Notre Dame" :

" Beau Filz, regarde les mameles , de quoy aleitier te souloie. "

La Madonna intercède pour le mort (fig. 5), couché à ses pieds, montrant son sein nu à son Fils (fig. 4) qu'elle a allaité et qui est maintenant crucifié sur la Croix.

Jésus Christ (fig. 3) avec sa main droite détachée de la croix offre le sang qui coule de la blessure de son côté, pour le salut de l'homme.

Le Fils se tourne à son tour vers le Père, qui apparaît sur les nuages parmi les rangs des angels (fig. 6).
Nous constatons que la figure du Père rappelle clairement les fresques de la Sainte-Croix.

La question du Fils est la suivante : "Voluere quesso pater quod rogitat mea mater".
Le Père répond qu'à un tel intercesseur, il ne peut rien nier : "A te petita dabis quo vis tibi nulla negabo" (fig. 8).

Dans ces écrits également, vous pouvez constater la maîtrise incomplète de l'orthographe latine, que l'on retrouve dans les différents cartouches examinés et que que l'on retrouve dans la même signature que celle de maître Antonio.
Antonio da Monteregale ne connaissait peut-être pas trop bien le latin, mais d'un autre côté, il savait très bien peindre.

Les dialogues qui sortent de la bouche du Père et du Fils apparaissent également écrits dans les gravures anciennes de Baldung Grien :
"Comment un Père doux et pitoyable pourrait-il rejeter les prières d'un tel Fils ? Comment un tel Fils pourrait-il refuser quelque chose à une telle Mère ?""Comment un tel Fils pourrait-il refuser quelque chose à une telle Mère ?

Victor Henry Debidour (35) écrit dans son livre sur un tableau, daté le 1525 die 29 luio, d'une chapelle des Pénitents:
" Nostra Dama de Secours, avocatrix pecatour , C'est le nom, un mélange de provençal et de latin de ce tableau qui nous présente une touchante reprise des suppliques, du donateur à Marie, d'elle au Fils qu'elle a nourri, du Fils à son Père, commentée par un texte qui explique la composition plastique du sujet, et les vues des religieux qui l'ont suggéré".

Voici la traduction : l'homme a une audience assurée auprès de Dieu lorsqu'il présente son Fils devant le Père et la Mère devant le Fils : le Fils montre son côté et ses blessures, la Mère sa poitrine et son sein : aucune demande ne peut être refusée, où il y a tant de signes d'amour.

La citation du Debidour explique également l'iconographie, qui date cependant bien avant le tableau de 1523, et est étroitement liée à la figure de Saint Bernard de Clairvaux, et a donc une inspiration et un thème purement franco-provençal.

Sur les côtés de la Croix deux anges (fig. 9 et 10) tiennent les cartouches maintenant illisibles ; à la fin de celle tenue par la Vierge, il y a quelques frises, très en ruine, semblables à celles de Farigliano.

Derrière la Vierge se trouve S. Barbara (fig. 11) tenant un château à tourelles. Le parchemin se lit comme suit : S. Barbara maintenant pro[nobis].

À droite, dans la robe monastique blanche des Cisterciens, se trouve la figure majestueuse de S. Bernardo, qui de sa main droite bénit et de sa main gauche tient la crosse (fig. 8).
Le visage d'un vieil homme à la barbe flottante rappelle beaucoup, par sa couleur et son dessin, celui du Père de la Trinité de Chiusa Pesio.

Curiosité :
1) La photo de la Fig. 1 est présentée dans la version précédant les restaurations (photo des années 1970), pour montrer la différence de l'état actuel (fig. 2).
2) La photo de la fig. 12 est tirée d'une ancienne publication en noir et blanc pour la réalisation du nouvel autel, qui porte l'inscription "Nouvel autel, esquisse et réalisation par Geronimo Raineri".

(*)   réf. BIBLIOGRAPHIE